Page en cours de construction pour aller au-delà des représentations coller à l’actualité en dépit du faible volume des données disponibles sur les absences des professeurs et encore plus des élèves.
Les enseignants : un des plus faibles taux d’absence de la fonction publique
Les déclarations de Mme Oudéra-Castéra sur « les paquets d’heures non assurées » dans les écoles publiques incitent à consulter les données publiées par le Ministère de l’éducation sur les absences des enseignants. Les enquêtes sur les absences des professeurs sont apparues dans les publications de la DEPP pendant le quinquennat de M. Sarkozy et ont été tenues à jours jusqu’en 2020 (Note d’Information n° 20.31 © DEPP), à cette date les données portaient sur les années 2017-2018.
Le rapport de la Cour des Comptes « La rémunération des agents publics en arrêt maladie de Juin 2021 précise page 23 le pourcentage d’agents en arrêt maladie pour les trois fonctions publiques : il est de de 5,7 % dans la fonction publique hospitalière, de 6,7 % dans la fonction publique territoriale et de 3,6 % dans la fonction publique d’état. Les enseignants absents du secteur public représentent en moyenne pendant l’année scolaire 2017-2018, 3,2% des effectifs, sachant que ce pourcentage est calculé sur l’ensemble des jours, que les enseignants aient ou non charge de classe ces jours-là. Le ministère ne retient que deux types d’arrêt, le congé maladie ordinaire et les autres congés, que ceux-ci aient pour cause une grosses, une longue maladie, une maladie professionnelle ou un accident du travail. Ces données ne rendent pas compte des autres absences des enseignants celles dues aux obligations de service, formation continue, jury d’examen…
Pour la curiosité on peut constater que les enseignants sur poste de remplacement sont plus souvent absents pour cause de maladie, 4,5%, que les autres 2,9% (figure 6 de la note citée en référence).
La moitié des enseignants bénéficiant d’un arrêt maladie s’arrêtent moins de cinq jours, ce qui en terme de service, dès que le congé dure plus de deux jours, implique pour les élèves du primaire une absence de l’enseignant sur une durée plus courte que le congé lui-même, compte tenu de l’absence de cours le mercredi, le samedi et le dimanche. Par exemple un enseignant absent 7 jours du vendredi au jeudi suivant n’est absent devant sa classe que 4 jours devant une classe. Pour les enseignants du secondaire, la perte d’heures est encore plus difficile à évaluer, les services n’étant pas répartis de manière uniforme sur les journées.
M. Pap N’Diaye a avancé que 15,4 millions d’heures d’enseignement qui auraient dû être dispensées pendant l’année 2020-2021 ne l’ont pas été pour partie en raison d’absences individuelles, 4,9% ou du fait de missions à remplir par les enseignants à la demande de l’administration (formation continue, commission de sujets d’examens, corrections, surveillance) ou de réquisition des locaux 3.9%.

Ce pourcentage peut sembler relativement faible si l’on considère cela globalement, mais la perception en est différente par les parents lorsqu’un enseignant en arrêt de longue durée n’est pas remplacé ou qu’aucun enseignant n’a été affecté sur le poste. En collège, une absence de professeur sur une quinzaine représente 10 à 12% du temps annuel d’enseignement dans la discipline, en lycée, pour peu que l’établissement soit centre d’examen (baccalauréat ou de BTS) ou que les professeurs soient mobilisés pour les jurys l’année scolaire est réduite de plusieurs semaines, la quinzaine d’absence peut représenter jusqu’à l5% du temps de la discipline.
Source : « Enseignants non remplacés : les dessous du chiffre de 15 millions d’heures perdues avancé par Pap Ndiaye » article du Monde en date du 29 mai 2023 rédigé par Eléa Pommiers
Peu d’écarts interrégionaux
La variation du nombre d’enseignants
absents varie peu d’une région à l’autre et la distribution des pics d’absence correspond à celle des vagues d’épidémies(Grippe, Gastro-entérite) en France. Les jours sans absence nombreuses, moins 1% des enseignants sont absents, au plus fort des épidémies, cela va de 4% à 5%, sauf en Corse ou cela a atteint 7% au début février 2018.
Au final une connaissance très limitée des absences et du remplacement des enseignants.
Un rapport de la Cour des Comptes a analysé en 2021 la gestion des absences des enseignants. Les conclusions sont sans équivoque. Du fait de la spécificité du métier d’enseignant la comparaison avec les autres salariés de la fonction publique ou des entreprises en matière d’absence est difficile à réaliser. Rien ne permet d’affirmer que les enseignants sont plus absents que les autres.
Le Ministère n’a pas d’outil efficace pour mesurer l’absentéisme ni pour prévenir les absences, notamment les congés maladie du fait de l’insuffisance de la médecine préventive (1 médecin pour 16 000 agents soit 6 fois que la norme en la matière).
Il n’y a pas d’analyse rigoureuse des absences, notamment dans le second degré. Un enseignant qui n’est pas devant ses classes n’est pas considéré comme absent s’il effectue une mission à la demande de sa hiérarchie. L’absence d’un enseignant n’entraîne pas forcément la perte d’heures de travail encadré pour les élèves. Le Ministère se soucie plus de gérer les remplacements que de mesurer les pertes d’heures pour les élèves.
Les absences d’élèves, une donnée non récoltée
De manière surprenante, la santé des élèves et leurs absences, si ce n’est dans le cas d’un absentéisme régulier ne sont pas analysées par le Ministère de l’éducation. Les travaux les plus récents de la DREES comme ceux de la DEPP datent d’avant 2020 En réponse à une demande de données (Parade 8701) la réponse de la DEPP est explicite « Concernant l’absence des élèves dues à la maladie ; les opérations de prévention et de vaccination […] ainsi que les données sur la médecine scolaire de l’enseignement privé ; la DEPP n’a pas de données à ce sujet. Aucune étude n’envisage l’impact des absences et plus généralement de la santé sur la réussite scolaire ou sur le désinvestissement et le décrochage.
De même le Ministère en charge de la santé produit peu d’études sur la santé des jeunes et sans mise en perspective avec les parcours scolaires. La plus récente disponible en ligne date de 2017 et porte sur la santé des élèves de CM2 en 2015. La précédente, de 2015 analyse la santé des élèves de grande section en 2013. Huit autres études sont en ligne couvrant la période 2002-2008.
N. Guignon (DREES), et alii , « La santé des élèves en CM2 en 2015: un bilan contrasté selon l’origine sociale » , Études et Résultats, n°933, Drees, Février 2017.
O.Chardon, N. Guignon, T. de Saint Pol (DREES), J.-.P Guthmann et M. Ragot, M.-C. Delmas , L.-M. Paget, A.-L. Perrine et B. Thélot , « La santé des élèves de grande section de maternelle en 2013 : des inégalités sociales dès le plus jeune âge, Études et Résultats, n°920, Drees, Juin 2015 Juin. Chardon O., Guignon N.,et alii « la santé des adolescents en classe de troisième » , Études et résultats n°865, DREES, février 2014. Chardon O., Guignon N.,et alii « la santé des élèves de CM2 en 2007-2008………….. »» Études et résultats n°853, DREES, septembre 2013. Guignon N., Collet M., Gonzalez L., « La santé des enfants en classe de grande section de maternelle en 2005-2006, Études et résultats, n°737, 09/2010
Des différences selon les niveaux d’enseignement .
D’après la Cour des Comptes, les données disponibles sont le plus souvent incomplètes, par exemple celles du primaire privé ne sont pas publiées par le MEN. En primaire les absences sont plus fréquentes pour les femmes que les hommes, à la foi en raison des congés de maternité, mais aussi de la répartition des tâches à l’intérieur des couples, pour la garde des enfants malades par exemples (au moins un congé dans l’année ; femmes : 48,6 % / hommes 36,8 % .
Dans le second degré, les enseignants des lycées et particulièrement des classes préparatoires aux grandes écoles sont moins souvent absents et pour moins longtemps que ceux des lycées professionnels ou les professeurs d’éducation physique, les plus nombreux à être victimes d’accident du travail. Les absences sont plus nombreuses lorsque les enseignants ont des conditions de travail plus difficile, qu’ils soient en poste partagé sur plusieurs établissements ou qu’ils exercent en Education prioritaire.
Les données des absences des enseignants du privé, notamment du primaire restent partielles et ne permettent pas des comparaisons consolidées. Il semble qu’elles sont inférieures à celles des enseignants du public. Ceci l’ambiguïté demeure entre les heures d’absence des professeurs et les heures réellement perdues par les élèves. A la différence du secteur public il n’y a pas publication d’enquêtes sur les absences des professeurs.