Les langues, levier d’obtention des dérogations

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L’offre linguistique constitue l’un des facteurs de différenciation des établissements secondaires à travers les langues proposées, notamment en LV1 et les sections linguistiques, classes bilingues, sections internationales. Cette offre est d’autant plus variée que les effectifs sont importants, en conséquence les parents de collégiens peuvent utiliser l’absence d’une langue dans l’établissement de secteur pour demander une dérogation. Avant la généralisation de l’accès à l’enseignement secondaire après le CM2 (La réforme Berthoin : vers la massification), l’apprentissage des langues anciennes, latin et grec avec allemand LV1, était un marqueur distinctif. La demande de l’allemand en LV1, des langues rares en LV2 (russe, chinois, japonais) ou des sections linguistiques (classe bilingue ou sections internationales) reste un motif important d’évitement des établissements de secteur.

La prédominance de l’anglais et de l’espagnol

L’anglais est étudié, en LV1 par près de 96,12% des élèves des établissements secondaires, l’allemand par 2,26% d’entre eux qui pour une bonne part sont inscrits dans des classes bilingues. Les autres langues enseignées en première langue, concernent 1,62% des effectifs. L’espagnol 0,92% est surtout présent dans le sud-ouest et l’italien 0.19%, dans l’académie de Nice.

L’enseignement de l’espagnol domine celui des LV2. Excepté l’allemand les autres langues sont ultra-minoritaires, qu’il s’agisse des langues régionales, ou des langues rares.  Mais celles-ci, comme les langues anciennes constituent une possibilité de différenciation des parcours scolaires en facilitant le regroupement dans les classes d’élèves d’origine sociale plus homogène.

La constitution de ces classes, en partie fondées sur un entre-soi social, est renforcée par la présence de classes bilingues, qu’il s’agisse des classes européennes au début des années 2010 ou des nouvelles classes réinstituées dès la nomination de J.-M. Blanquer au Ministère de l’Éducation nationale. La question de l’enseignement des langues reste sensible, en témoigne les débats relatifs à l’enseignement de l’arabe.

Les langues au service de la sélection : sections linguistiques et internationales

Les sections linguistiques accueillent un peu plus de 375 000 élèves dans trois types de classes, les classes européennes avec deux LV1 de la sixième à la terminale, les classes binationales préparant à un double baccalauréat (Abibac, Esabac, Bachibac), les sections internationales (collège et lycée) dont les cours sont assurés dans une langue étrangère, et les sections de baccalauréat français international.

La répartition des sections linguistiques est très inégale dans l’espace, que ce soit au niveau académique, elles sont très peu nombreuses en Corse, la Guyane, Mayotte et Créteil, moins de 4% d’élèves, mais plus de 12% dans l’académie de Strasbourg, du fait de la présence de nombreux enfants de membres des institutions européennes.

A l’intérieur des académies comme pour la plupart des formations, elles sont concentrées dans les grandes agglomérations et principalement dans les établissements de centre vile des grandes métropoles.

Les sections internationales forment un ensemble à part,elles accueillent aux environs de 58 000 élèves, soit un peu moins de 5% des élèves du secondaire (hors ULIS et SEGPA). Elles ont pour mission de permettre la scolarisation en langue d’origine des enfants d’expatriés installés en France et travaillant dans des institutions internationales,  des entreprises ou dans des centres de recherche. Leurs effectifs sont complétés par des jeunes français ayant les compétences linguistiques suffisantes pour suivre leur scolarité dans une autre langue que le français. Elles sont présentes principalement dans les seconds cycles généraux dont elles constituent 13,5% des effectifs. Elles sont peu nombreuses en collège (0,8% des effectifs) et en lycée professionnel (3,2%). L’anglais et l’américain dominent dans les classes de second cycle, 73% en sections générales et technologiques et 80% en lycée professionnel, mais seulement 49,8% en collège du fait principalement de la concurrence de l’allemand, langue sélective, et de l’espagnol.

Langues anciennes, vers la disparition du grec ?

LVSECINTERNAT

Le développement de l’initiation au latin en 6° s’est accompagné de l’amorce de la fin du grec en collège : un élève sur 6 étudie le latin en quatrième, un sur 50 le grec. Ces deux langues restent des éléments de distinction sociale et d’entre-soi scolaire. Elles sont davantage choisies dans le privé que dans le public, dans celui-ci elles permettent de choisir pour ses enfants des classes de collège aux profils sociaux plus favorisés. Dans le second cycle général, les langues anciennes sont optionnelles et n’attirent plus qu’un nombre réduit d’élèves, davantage dans le privé que dans le public. Cela reflète à la fois la différence sociale de recrutement des deux secteurs et l’intérêt plus grand porté aux enseignements classiques par les parents d’élèves du privé, au profil socio-culturel plus marqué par la présence des cadres et des professions intellectuelles.

Au lycée, le latin est encore choisi en seconde par 9 % des élèves, et facilite la constitution de classes avec une moindre proportion d’enfants des groupes défavorisés de la population.

Les langues sont un des motifs reconnus administrativement pour déposer une demande de dérogation. Elles justifient l’évitement de l’établissement de secteur et facilitent  l’obtention de l’inscription dans un établissement de meilleure réputation que celui du secteur de résidence. L’offre de langue est souvent réduite dans les petits collèges, notamment ruraux, elle est plus large dans les collèges urbains. Même si quelques établissements de périphérie ont obtenu des sections de langues rares ou prestigieuses, la plupart de celles-ci sont présentes principalement dans les établissements de centre-ville.

Latin et chinois, deux diffusions différentes

La diffusion du latin, répondant à une logique presque traditionnelle, est bien plus large que celle du chinois. Si l’appétence des familles est forte pour cette langue ancienne, c’est qu’elle est depuis longtemps perçue comme un moyen d’accéder aux meilleures classes et aux meilleurs établissements dans l’esprit des parents. Dans tous les départements, sans exception, des élèves apprennent le latin ; c’est le cas d’une dizaine de collégiens guyanais par exemple. Simple effet de masse de la population scolaire, la France des métropoles apparaît plus sensible à cette option. Certains départements méridionaux surprennent par la proportion d’élèves latinistes (Landes, Gers, Cantal, Haute-Loire, Ardèche ou Drôme). Peut-être faut-il y voir la preuve de la persistance d’un réflexe de poursuite d’études générales en France rurale du sud, terre d’exode, dans une stratégie d’accès à des emplois de la fonction publique ?

Ceci dit progressivement la proportion d’élèves qui commencent le latin en cinquième diminue entre la rentrée 2016 et la rentrée 2024, la perte est de 4 à 6 points selon les origines sociales. Le latin est quasi totalement abandonné à l’entrée en seconde

LATINCSP

L’implantation du chinois en langue vivante 1 ou 2, qui date d’une dizaine d’années, est beaucoup plus restreinte puisqu’elle n’est pratiquée que dans les grandes villes d’une vingtaine de départements seulement. Elle s’est développée notamment en raison de l’enseignement du chinois dans certaines écoles de commerce. Le fait d’avoir commencé l’apprentissage de cette langue y facilite l’entrée. Avec 250 élèves, Paris fait figure de grand pôle français d’apprentissage du chinois, loin devant les Hauts-de-Seine, la Gironde (Bordeaux), la Loire-Atlantique (Nantes) et l’Ille-et-Vilaine (Rennes). L’île de La Réunion, véritable creuset ethnique, baptisée ainsi en l’honneur de la réunion des peuples, se distingue logiquement comme pôle d’apprentissage du chinois outre-mer.

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Mise en ligne : 10 Mai 2019  Relecture et mise à jour 17/12/2019, 27/07/2021 et 28/01/2026

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