En France, les examens restent un des facteurs déterminants dans l’accès à l’emploi et constituent une étape importante de la vie des jeunes, indépendamment du résultat obtenu. Organisés dans le respect des principes républicains – caractère national ou académique des sujets, examinateur neutre, anonymat de la notation des épreuves écrites hors contrôle continu –, ils permettent aux élèves de valider leurs savoirs et aux établissements d’évaluer leur efficacité, même si l’élève n’est pas une matière première que l’application de techniques suffirait à valoriser. L’utilité des examens en termes d’insertion professionnelle est indéniable ; elle est d’autant plus grande que le diplôme obtenu est élevé (cf. Pascale Rouaud et Olivier Joseph (coordination, 2014, « Quand l’école est finie »[1]. Céreq).
[1] http://www.cereq.fr/publications/Ouvrages/Quand-l-Ecole-est-finie.-Premiers-pas-dans-la-vie-active
. Depuis la dernière session du Certificat d’études primaires en 1990, tous les diplômes relèvent de l’enseignement secondaire.
Une grille de diplômes remaniée fortement.
Le Diplôme national du Brevet, à l’issue de la troisième n’a que peu d’utilité concrète, si ce n’est qu’il permet de postuler à certains concours de la fonction publique d’état ou territoriale ( surveillant de l’administration pénitentiaire, gardien de police municipale, agent technique de l’environnement, adjoint administratif territorial, sapeur-pompier professionnel. adjoint d’accueil et de surveillance des musées de La Ville de Paris ). Le Certificat de Formation générale (CFG) a été substitué au Diplôme de fin d’études obligatoires (DFEO) et au certificat d’études primaires. Il n’est organisé que pour les élèves des sections d’enseignement professionnel adapté. Ni le CFG, ni le DNB ne sont considérés comme des diplômes en matière de décrochage scolaire, les CAP et BEP constituent les premiers diplômes reconnus. Le nombre de lauréat de ces diplômes professionnels diminuent du fait de l’absence d’orientation après la cinquième,. Les CAP en 3 ans, disparaissent progressivement, quelques CAP en 2 ans sont maintenus, alors que le BEP est devenu un diplôme obtenu au passage dans le parcours vers le baccalauréat professionnel. Le baccalauréat depuis 2020 a été réformé d’une part avec la disparition des séries et leur remplacement par des spécialités et d’autre part par une augmentation significative du contrôle continu et la réduction à deux des épreuves terminales : un écrit de philosophie et un grand oral pour le baccalauréat général. Ces modifications ne permettent plus d’analyser les résultats aussi finement, par exemple au prisme des origines sociales.
Plus d’un million de lauréats chaque année depuis le milieu des années 1995
Chaque fin d’année scolaire est marquée par l’annonce des résultats des examens. La remise des diplômes est redevenue une cérémonie dans nombre d’établissements et fait l’objet d’une couverture médiatique importante dans la presse régionale. De même certains maires organisent une manifestation en l’honneur de nouveaux diplômés, sans compter les banques qui en font un élément de communication avec la promesse d’un avantage financier pour les bacheliers obtenant une mention. Diplôme national du brevet et baccalauréats fournissent quatre cinquièmes des reçus de l’année. A l’image du fonctionnement du système éducatif et des représentations communes les diplômes professionnels sont moins mis en valeur par la presse, les manifestations qui les valorisent, comme les olympiades des métiers, relèvent plus des branches professionnelles.Depuis le début des années 1970 et la forte diminution du nombre d’élèves se présentant au certificat de fin d’études primaires puis la suppression de celui-ci, il n’existe plus de diplômes de l’enseignement primaire.
La disparition de l’orientation vers les CAP en 3 ans en fin de cinquième a permis a beaucoup plus de jeunes d’accéder au BEPC/brevet des collèges/DNB, leur nombre a doublé en 35 ans. L’augmentation du nombre de lauréats a été amplifiée par la volonté d’amener 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat et 100% au niveau BEP-CAP (niveau V) qui a été progressivement concrétisée. Il ne reste au final plus qu’un diplôme secondaire véritablement terminal, le CAP, très peu d’élèves abandonnent les études en fin de troisième ou après le BEP. Depuis la réforme du baccalauréat professionnel, le BEP n’est plus spécifiquement préparé, c’est un diplôme intermédiaire obtenu « en passant ».
L‘amplification de l’accès au baccalauréat

Désormais plus de 80% d’une classe d’âge obtient un baccalauréat, cette amplification ne s’accompagne pas d’une véritable démocratisation. Le développement des baccalauréats professionnels n’améliore pas pour autant pas la possibilité de poursuivre des études supérieures avec succès. L’annonce d’une ouverture des sections de techniciens supérieurs aux élèves de la voie professionnelle n’est pas suivie d’effets massifs.
Le baccalauréat un diplôme de moins en moins terminal
Les baccalauréats généraux et technologiques, eux-mêmes ne sont plus plus majoritairement qu’une étape dans un parcours qui s’achève dans des établissements d’enseignement supérieur. Plus que le diplôme lui-même c’est le dossier scolaire et éventuellement la mention qui servent de critères pour l’accès aux formations, lors de Parcourssup, qui rappelons-le n’est pas une procédure d’orientation, mais d’affectation sélective.
Une constance : le poids des origines sociales dans le choix des diplômes et dans la réussite
Comme de nombreux faits scolaires, le couple échec-réussite aux examens est corrélé de manière significative aux conditions de vie socioculturelles et socioéconomiques des élèves. Dans les académies où la proportion de bénéficiaires des minimas sociaux et les taux de chômage sont les plus élevés (Lille, Amiens, Créteil et Outre-mer), le décrochage (échec avant l’examen) et l’échec proprement dit sont plus fréquents.
Les conditions de la réussite semblent plus diverses : les meilleurs résultats aux examens des élèves des académies de Rennes, Nantes, Toulouse ou Grenoble ne sont pas explicables par la seule composition sociale. Dans ces régions, la scolarisation maternelle a très tôt été massive, conséquence de la présence d’un double réseau scolaire (public et privé) et de la forte implication des parents dans l’accompagnement éducatif qui en découle. La présence conjointe des établissements privés et publics facilite à la fois la construction de parcours adaptés aux ambitions grâce à une offre plus nombreuse, plus diverse, mais aussi parce que le zapping scolaire facilite la résolution d’éventuels problèmes relationnels entre éléves-familles et équipes enseignantes.
Des inégalités vives à l’intérieur des académies
Les écarts de réussite entre établissements sont également très importants. Les lycées professionnels scolarisent des élèves qui ont souvent eu une orientation par défaut et qui suivent une formation sans motivation. À l’opposé, certains grands lycées ont un recrutement sélectif et retiennent prioritairement les dossiers des élèves qui sont les mieux à même d’intégrer les classes préparatoires aux grandes écoles.
A origines sociales identiques la réussite ou l’échec personnel de l’élève dépendent d’éléments plus ponctuels. Des conditions de vie familiale difficiles, comme la séparation des parents ou le décès de l’un deux, la précarité financière de la famille, l’exiguïté ou l’insalubrité du logement, un voisinage pauvre sans mixité sociale… sont autant de facteurs de déstabilisation réduisant les chances de réussite. A l’inverse, un niveau de diplôme élevé des parents, leur bonne connaissance du système éducatif, la valorisation des pratiques culturelles, un voisinage aisé sont des atouts majeurs. Dans certains cas, le capital culturel l’emporte sur le capital social et économique. Ainsi les enfants d’enseignants ont statistiquement de meilleurs résultats aux examens et aux concours que ceux des cadres de niveau équivalent. Le Ministère communique enfin les données relatives aux origines sociales des élèves, depuis une saisine de la Commission d’Accès aux Documents Administratifs (CADA) par un journaliste à l’automne 2022. Cela corrobore ce que montraient déjà les Indicateurs de Valeur ajoutée des lycées. Les taux de réussite sont très fortement liés aux origines sociales. Pour 80% des lycées la réussite est égale ou supérieure à ce qui est attendu, nous n’en déduisons pas pour autant que le petit plus soit seulement le résultat d’un effet établissement. Pour le cinquième restant les données sont à manier avec précaution, une partie d’entre eux sont des établissements à faible effectif et un élève représente à lui seul plusieurs pour cent. Par ailleurs nous pensons que certaines catégories utilisées dans les analyses ne sont pas homogène, notamment celle des ouvriers. Des études montrent que la réussite dans certains collèges est meilleure que prévue du fait de la présence massive d’enfants d’ouvriers, mais pour une part ses parents travaillent dans des secteurs particuliers, artisanat ou industrie du luxe (mode, verrerie, parfumerie) ou de pointe (aéronautique, serrurerie…)
Collège unique et lycée pour tous, quels effets sur la réussite ?
L’institution du collège unique en 1975 a achevé l’unification du premier cycle. Depuis le début des années 1990, la diminution du redoublement, la fermeture des CAP en 3 ans qui ne subsistent que dans les CFA, la création de l’option découverte professionnelle puis des classes DS 3 et DS 6 ont aidé à la découverte des seconds cycles professionnels. La réduction des facteurs de décrochage par ces dispositifs n’a pas pour autant augmenté le brassage social. Les élèves qui entrent en lycée professionnel en vue du baccalauréat professionnel sont toujours proportionnellement plus nombreux parmi les enfants d’ouvriers ou d’inactifs. Leurs chances d’accéder à des études supérieures et encore plus de les réussir, sont inférieures à celles des autres élèves. De même, l’orientation vers un baccalauréat technologique limite les possibilités des poursuites d’études aux BTS et aux DUT. Si les différentes séries ne conduisent pas aux mêmes études, l’allongement des scolarités a toutefois permis à une part non négligeable d’enfants d’ouvriers et d’employés de mieux réussir leur cursus scolaire et d’arriver à un niveau de diplôme plus élevé que celui de leurs parents.
A venir
Indicateurs de position sociale et indicateurs de valeur ajoutée : une confirmation du lien entre réussite scolaire et origine sociale
Pour approfondir
http://www.ac-creteil.fr/cid108542/brevet-des-colleges-en-ile-de-france.-reussite-a-l-examen-et-inegalites-sociales-des-territoires-vont-de-pair.html
Philippe Savoie, « Quelle histoire pour le certificat d’études ? », Histoire de l’éducation [En ligne], 85 | 2000, mis en ligne le 23 mars 2009, consulté le 19 janvier 2019. URL : http://journals.openedition.org/histoire-education/1234 ; DOI : 10.4000/histoire-education.1234
Guy Brucy . – Histoire des diplômes de l’enseignement technique et professionnel (1880-1965). L’État, l’École, les Entreprises et la certification des compétences. – Paris : Belin, 1998. – 285 p. (Histoire de l’éducation) https://journals.openedition.org/histoire-education/930
Les diplômes professionnels, Le poids des origines sociales dans la réussite au baccalauréat, Le poids des origines sociales pour obtenir le baccalauréat,
Mise en ligne : printemps 2019 Dernière modification 13/07/2023
